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StonetouCH fait le Job

On se souvient de six mini-jardins qui poussaient dans du marbre. C'était en 2010 à la galerie Mitterrand + Cramer. Six petits paysages taillés dans la pierre dont un en forme de pneu servait de pot à un massif herbeux. Il était signé Sylvie Fleury et était produit par StonetouCH, jeune éditeur de design dont le principe consistait à demander à des architectes, des designers et des artistes de bosser sur un matériau unique: de la roche venue d'ici. L'année suivante on verra ainsi des chandeliers sortir d'une géologie régionale qui voyage entre les Grisons, le Tessin et Saint Tryphon. Et celle d'après une carte blanche laissée à l'architecte italien Andrea Branzi qui fabriquera trois sculptures-dolmens.

En 2014, StonetouCH ajoute les Néerlando-belges de Studio Job a ses collaborations. Un sacré morceau. Job Smeets et Nynke Tynagel travaillent essentiellement pour les galeries. Leurs pièces renversent les archétypes, transforment le mobilier en fresque apocalyptique ou en scènes de la vie à la ferme faussement pastorales. Le couple peut aussi malmener les grands monuments du monde: chez eux, une Tour Eiffel molle devient une lampe de chevet et le bulbe du Taj-Mahal posé à l'envers sert de pied à une table dont on ne sait plus très bien si elle remplit toujours ses fonctions utilitaires. Alors oui, il y a un peu de Wim Delvoye dans ce design-là. "On avait vu leurs pièces exposées chez Edward Mitterrrand à Genève. On a tout de suite aimé leur manière très libre de revisiter des formes assez classiques", explique Pierre-André Bohnet, architecte genevois qui a fondé et gère avec deux copains d'enfance - le designer Claudio Colucci et le sculpteur Vincent du Bois - cette maison d'édition de design minéral. "On leur expliqué notre concept d'objets en pierre. Eux ont vu nos projets précédents. Ca les a emballés et on est parti en production."

Présentées à partir du 16 juin sur le stand de Mitterrand + Cramer à Design/Miami Basel, les six pièces de la nouvelle collection "Detour" s'inspirent du monde du travail, mais travaillé avec des matériaux haut de gamme. Des lampes de chantier, des cônes routiers, des briques en marbre rouge assemblée en bibliothèques par un faux mortier de bronze. "Le marbre est relativement nouveau dans notre travail", explique d'une seule voix Studio Job. "Si jusqu'à présent nous l'utilisions plutôt dans les marges, c'est parce que nous le considérons davantage comme un matériau d'artiste que de designer. D'ailleurs, à l'exception de quelques pièces d'Ettore Sottsass, le marbre dans le design ne nous laisse aucun souvenir immense" "On a cosigné cette édition", reprend Pierre-André Bohnet. "Nous nous sommes occupés du travail de la pierre tandis que Studio Job s'est chargé des éléments métalliques et de l'électrification des luminaires." Quitte parfois a apporter des belles solutions. Comme quoi dans le design rien n'est jamais gravé dans le marbre. "Pour les lampes de chantier, Job et Nynke voulaient une lentille en cristal ciselé. Mais c'était cher et compliqué à réaliser. A la place, on leur a proposé d'utiliser une pierre suffisamment translucide pour laisser passer la lumière. Histoire aussi de garder une certaine cohérence avec le projet."

PHOTOS: STEFAN VOS

DADI Daily
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