UN DISQUE PAR SA POCHETTE frde

Dites-le avec des coeurs

Elle est carrée et inspire les artistes. la fourre de disque est aussi un objet d'art. comme celles de Billy Al Bengston, le peintre motard des années pop. /// Cet article a été publié dans DADI no5, avril 2013

Il faudrait écrire une histoire de l'art observée du point de vue de la motocyclette. On y parlerait des artistes-bikers (Olivier Mosset, Steven Parrino, Lawrence Weiner, John McCraken) et des « Girlfriends » de Richard Prince, forcément. Mais aussi du Finish Fetish dont le flamboyant leader, Billy Al Bengston à la fois peintre et coureur de moto semi-pro, signe cette suite de covers pourtant pas super rebelles pour Harold Budd & Clive Wright. Une manière de variation « in love » sur les hom- mages au carré de Joseph Albers.
Ceci dit, la peinture de Billy Al Bengston n'a pas toujours palpité pour les coeurs. Né en 1934 à Dodge City, la ville de la bagnole et de Dennis Hopper, l'artiste adopte dès la fin des années 50 le motif militaire du chevron – la série « Dentos » - et la silhouette d'un iris - « Dracula », l'ombre de la fleur évoquant à son auteur celle du vampire planant la cape au vent. Sujets principaux de son oeuvre, Bengston les place systématiquement au centre de ses tableaux, soit nimbés d'une aura dorée, soit pau-
més au milieu d'une cible qui aurait pu être peinte par Kenneth Noland. Ou alors, comme pendant la biennale de Venise de 2011, en décalquant ses galons de sergent sur deux gondoles maquillées en moto Ducati à l'occasion de Venice in Venice, exposition consacrée à l'art de la côte ouest des États-Unis dans les années 60.

Billy Al Bengston qui a quitté son Kansas natal à la fin des fifties pour étudier l'art à Los Angeles, va ainsi durablement forger le carac- tère esthétique de cette région d'Amérique où les artistes, frappés par l'horizon qui plonge dans la mer, les autoroutes qui fendent les déserts et le soleil permanent, s'inspirent de ce qui glisse (le surf) et de tout ce qui roule (le bike et les voitures). Bengston va ainsi adapter à la peinture all over les techniques du custom automobile. Ses toiles à la marge entre Op et Pop, rutilent de laque cuite au four, de pigments appliqués au spray et de surface en alu diapré, passée au polish.
New York a ses minimalistes, Venice, le Finish Fetish dont la Ferus Gallery, cofondée par Edward Kienholz, organisera la promotion. Tout comme elle fera celle de Larry Bell et de Ed Rusha - qui accrochèrent là leur première expo- sition - et montrera en 1962, pour la première fois en Californie, les Campell Soup d'Andy Warhol. Les toiles se vendaient alors au prix de 100 dollars. L'invention de la machine à remonter le temps c'est pour quand ?

SUJET: FRANCIS BAUDEVIN
& EMMANUEL GRANDJEAN

DADI Daily
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