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Nelly Haliti, l'artiste du moment

Sur l'écran, un type en plein travail scie une carène de bateau. Juste à côté, projeté en miroir, un deuxième film montre le voilier terminé, son voyage en mer et l'arrivée de l'embarcation quelques part dans les îles. Le style, les fringues, le grain, la lumière tout ramène le spectateur dans les années 70. "J'ai trouvé cette histoire dans la maison où je venais d'emménager alors que celle que j'habitais venait d'être démolie", raconte Nelly Haliti. Le projet de toute une vie oublié dans une baraque de Genève? "Les films étaient en 16mm. Un format compliqué qui nécessite un matériel spécifique. C'est peut-être la raison pour laquelle son auteur ne les a pas emmener avec lui", imagine l'artiste née à Martigny, diplômée de la HEAD et dont l'exposition "3 moments" conclu sa résidence de quatre mois au Centre d'Art Contemporain. "Comme trois états différents: la destruction, la transition et la reconstruction", continue celle qu'on a vraiment découvert grâce à 77 citrons peint sur des mini-toiles montées en château de cartes et posé sur un socle-miroir. 77 citrons inspirés des natures morte de Zurbarán et qui se retrouvent depuis quelques semaines réunis dans un épatant livre d'artiste publié aux éditions Miami Book.


"77", livre-d'artiste publié chez Miami Book



Les tableautins de citrons disposés en château de cartes à l'exposition "The Heap" dans le cadre de la Fondation BNP Paribas Art Awards à LIVEINYOURHEAD

Au Project Space du Centre d'Art Contemporain à Genève, changement de décor. L'artiste présente trois projections vidéos sur fond de nappes sonores électroniques et une structure géodésique constituée de châssis triangulaires parfois tendus de toile écrue. Changement peut-être, mais dans la continuité. "C'est un nouveau chapitre dans mon travail. Les toiles du dôme rappelle que j'ai une formation de peintre. Elles me ramènent aussi aux citrons que j'envisageais comme un jeu de carte disposé en pyramide. A l'époque, je me demandais quel serait l'impact d'une telle structure dans l'espace." D'où cette bulle qui épouse les dimension exacte de la pièce du Centre d'art contemporain où elle a été construite. Comme ce bateau qu'un navigateur fabrique chez lui. "Le dôme fait aussi référence à ma maison détruite et à un ersatz de l'atelier que je n'ai pas encore." Un abri ouvert et fermé qui sert de cocon au visiteur mais aussi d'écran sur laquelle Nelly projete un troisième film. Le montage de photos raconte la démolition de sa première maison, "là où j'ai commencé à produire mes projets artistiques. Sa destruction m'a passablement ébranlé, plus que je ne l'imaginais. Aussi lorsque j'ai découvert le film de cet anonyme et de son voilier, je me suis projeté dans cette vie en partance qui créait comme une sorte d'échappatoire à la mienne et me renvoyait à mes propres désirs." Des désirs qui, après la peinture, la peformance et l'édition, prennent la forme d'un film. Le sujet? "Documenter le Dôme de la culture de Sofia, en Bulgarie, mon pays d'origine. Un bâtiment immense mais qui n'a plus de fonction vu que là-bas les budgets pour le culture ont été réduit à zéro. Je vais le tourner en 16mm parce que c'est un format en train de disparaître. J'aime l'idée d'utiliser un médium dont la fin est programmée pour filmer ce énorme vaisseau encombrant dont personne ne sait plus quoi faire."

Nelly Haliti, 3 moments, Project Space, Centre d'art contemporain Genève, jusqu'au 2 février 2014, www.centre.ch

DADI Daily
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