SAVOIRfrde

UN MYTHE DANS VOTRE QUOTIDIEN

En 1967 Olof Bäckström créé les ciseaux Fiskars. Et impose la référence absolue du design qui coupe. /// Cet article a été publié dans DADI no5, mars 2013

Au début, était le silex… La première ébauche de design et d’ergonomie en matière d’outil coupant, une partie arrondie pour la paume de la main et une partie effilée pour tailler. S'ensuivit une longue période de développement des diverses variantes d’objets tranchants à but domestique ou guerrier. C’est finalement en 100 après J.-C. qu'un romain anonyme de l'Empire trouve une solution très pratique : joindre deux lames croisées, pivotant sur un axe central, dans le but évident d’améliorer la puissance de coupe grâce à l’effet de levier. Voilà, les ciseaux inventés !
Pendant tout le moyen-âge, l'objet en bronze sert surtout à la tonte des moutons. Il faut encore attendre le XVIIIe siècle pour qu'un coutelier anglais du nom de Hinchliffe, en démarre finalement la production à grande échelle en acier moulé.

Ce cour d'histoire en vitesse super accélérée nous amène à LA paire de ciseaux, la référence absolue du design qui coupe, celle qu’on attrape avec enthousiasme et délectation tant elle atteint un sommet de perfection : on veut parler du modèle O-Series de Fiskars.La compagnie Fiskars, du nom du village finlandais de Fiskari démarre la production d’objets en métal en 1849. Elle y fabrique aussi bien du fil, des clous, des renforts de roues que des machines et des outils. Il y a 130 ans, la première paire de ciseaux Fiskars en acier forgé sort de ses usines. Mais c'est en 1967 seulement, après six ans de développement, que le designer industriel finlandais Olof Bäckström permet à Fiskars de lancer sur le marché les premiers O-Series.
Bäckstrom n’en est pas à son coup d’essai. Sculpteur, il appartient à la mouvance nordique des années 50 qui milite pour un design « pur », comme Alvar Aalto ou Tapio Wirkkala. Il a déjà remporté par deux fois la médaille d’argent de la Triennale de Milan, en 1957 pour de la vaisselle et des ustensiles de cuisine en bois et en 1960 pour un service de camping. Dès 1961, il travaille sur un projet de ciseaux révolutionnaires, et met à profit ses talents de modeleur pour repenser l’ergonomie des poignées. Quasi sculpturales, fabriquée d’abord en bois, puis en ABS orange vif, elles épousent la forme et le mouvement des doigts pour apporter confort et performance. Leurs larges surface de pression entraînent une répartition uniforme de la force exercée ce qui évite douleur et fatigue.

Un nouveau procédé d’aiguisage industriel, ainsi que l’angle de coupe des lames inoxydables, fait que les ciseaux coupent sur l’entier de la longueur. Les poignées sont moulées par injection, directement sur le métal. A noter qu’une version pour gaucher sera lancée en 1971. Objet de haute technologie, mûrement pensé et réfléchi, il n'y a guère que la couleur qui soit due au hasard. A l'origine, Olof Bäckström prévoyait des poignées noires, rouges ou vertes. Au moment du premier prototypage, l’opérateur de la machine décida d’utiliser les restes de colorants oranges prévus pour le moulage d’un presse-agrume. Le conseil d’administration de Fiskars plébiscita la nouvelle teinte qui deviendra, et pour longtemps, le symbole d’une paire de ciseaux de qualité. A partir de 1971, c’est Olavi Linden, autre designer finlandais, qui rejoint la compagnie. Il améliore le modèle de base et décline la gamme dans toutes les tailles et pour tous les usages.
En 2012, Fiskars annonçait avoir vendu un milliard de paire de ciseaux depuis 1967, dont celles exposées dans la collection permanente du Musée d’Art Moderne (MOMA) de New York.

SUJET: CHRISTIAN GEISSBUHLER & SANDRINE OPPLIGER

DADI Daily
Back to Top